L’ancien gouverneur de la Banque du Liban a été placé sous surveillance médicale après son transfert à la prison de Roumieh. Selon MTV, il refuse de prendre ses médicaments, alors que son dossier doit être transmis au parquet général d’appel de Beyrouth. Cette nouvelle étape intervient dans un ensemble de procédures portant sur des soupçons de détournement, d’enrichissement illicite, de blanchiment et de falsification au Liban comme à l’étranger.
Le transfert de Riad Salamé à la prison de Roumieh ouvre une nouvelle séquence dans le parcours judiciaire de l’ancien gouverneur de la Banque du Liban. Selon des informations diffusées par MTV, il refuse de prendre ses médicaments depuis son arrivée dans l’établissement pénitentiaire. Son état serait néanmoins stable. Les autorités ne signalent que des variations de la pression artérielle, sans complication grave à ce stade.
Le procureur général près la Cour de cassation, le juge Ahmad Rami Al-Hajj, a autorisé deux médecins à l’examiner chaque fois que cela sera nécessaire. L’un relève des Forces de sécurité intérieure. L’autre est le médecin privé de l’ancien gouverneur. Cette autorisation permanente doit éviter toute interruption du suivi médical et permettre une intervention rapide en cas d’évolution de son état.
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Une chambre a également été préparée pour Riad Salamé à Roumieh. Elle comprend les équipements jugés nécessaires, dont un appareil d’oxygénothérapie. Selon les informations rapportées, les autorités ont documenté cet aménagement par des enregistrements audio et vidéo. Elles cherchent ainsi à établir qu’elles ont pris les mesures requises pour assurer sa prise en charge sanitaire pendant sa détention.
Le juge Ahmad Rami Al-Hajj doit, parallèlement, transmettre le dossier au parquet général d’appel de Beyrouth. Cette étape replace la situation carcérale de l’ancien gouverneur dans un ensemble judiciaire beaucoup plus vaste. Riad Salamé ne fait pas seulement l’objet d’un suivi médical. Il reste au centre de procédures portant sur des soupçons de détournement, d’enrichissement illicite, de blanchiment et de falsification, au Liban comme dans plusieurs pays européens.
Riad Salamé à Roumieh sous surveillance médicale
Le refus présumé de prendre ses médicaments constitue le principal élément nouveau depuis son transfert. Les raisons de cette décision ne sont pas connues. MTV ne précise ni la nature du traitement, ni sa posologie, ni la durée de la prescription. Rien ne permet donc d’y voir une protestation, une défiance envers l’administration pénitentiaire ou un choix fondé sur un avis médical particulier.
Les autorités ont répondu par un dispositif de surveillance renforcé. Le médecin des Forces de sécurité intérieure assure le suivi institutionnel. Le médecin privé de Riad Salamé apporte sa connaissance du dossier médical de l’ancien gouverneur. L’autorisation permanente délivrée par le procureur général permet aux deux praticiens de se rendre auprès de lui sans demander une nouvelle décision pour chaque visite.
Ce cadre vise aussi à protéger l’administration pénitentiaire. La détention d’une personnalité aussi exposée entraîne un risque juridique et politique élevé. Toute aggravation de son état pourrait provoquer des accusations de négligence. La documentation audio et vidéo de la chambre répond à cette préoccupation. Elle constitue une trace des équipements installés et des précautions prises avant ou après son arrivée.
L’appareil d’oxygénothérapie a été prévu par précaution. Les informations disponibles ne disent pas que Riad Salamé l’a utilisé. Elles indiquent seulement que la chambre dispose de ce matériel. Son état reste décrit comme stable, malgré des variations de tension qui nécessitent des contrôles réguliers.
Le respect du consentement du détenu reste un point sensible. Un prisonnier peut refuser un traitement, sauf situation exceptionnelle prévue par la loi et appréciée par les médecins. Les autorités doivent alors constater ce refus, expliquer les risques et continuer à surveiller l’état général. Aucun document signé par Riad Salamé n’a été rendu public. On ignore aussi si son refus porte sur l’ensemble de ses médicaments ou sur une partie seulement du traitement.
Trente ans au cœur du système monétaire
Riad Salamé a dirigé la Banque du Liban d’août 1993 à juillet 2023. Pendant une grande partie de cette période, les gouvernements libanais, les banques commerciales et plusieurs institutions internationales l’ont présenté comme le garant de la stabilité monétaire. La livre est restée arrimée au dollar pendant plus de deux décennies. Le secteur bancaire a attiré les capitaux de la diaspora et financé une part croissante de la dette publique.
Ce modèle reposait toutefois sur l’entrée continue de devises. La Banque du Liban offrait aux banques des rendements élevés afin d’attirer les dollars, tandis que l’État accumulait les déficits. À partir de 2016, les « ingénieries financières » ont renforcé cette mécanique. Elles ont accordé des gains importants à plusieurs établissements en échange de nouveaux apports de devises à la banque centrale.
L’effondrement commencé en 2019 a détruit l’image de stabilité construite autour de Riad Salamé. Les banques ont limité l’accès des déposants à leurs comptes. La livre a perdu l’essentiel de sa valeur. L’économie s’est contractée, les salaires se sont effondrés et une grande partie de l’épargne est restée bloquée. La question de la responsabilité de la Banque du Liban, des gouvernements et des banques commerciales demeure au centre du débat public.
Les poursuites visant l’ancien gouverneur ne portent pourtant pas directement sur l’ensemble de l’effondrement financier. Elles concernent des opérations précises, des commissions, des transferts et des achats immobiliers. Cette distinction est essentielle. La responsabilité politique dans la crise et la responsabilité pénale dans des dossiers de détournement répondent à des critères différents.
Le dossier Forry et plus de 300 millions de dollars
L’un des principaux volets concerne Forry Associates, une société enregistrée dans les îles Vierges britanniques et liée à Raja Salamé, frère de l’ancien gouverneur. Les enquêteurs européens soupçonnent que cette structure a reçu plus de 300 millions de dollars de commissions entre 2002 et 2015. Ces sommes provenaient de transactions effectuées par des banques commerciales sur des instruments financiers de la Banque du Liban.
Les investigations cherchent à déterminer si ces commissions correspondaient à de véritables services ou si elles ont servi à extraire des fonds de la banque centrale. Elles examinent aussi les circuits utilisés pour transférer l’argent vers des comptes étrangers, des sociétés et des investissements immobiliers. Riad et Raja Salamé ont contesté les accusations. L’ancien gouverneur a soutenu que les commissions ne provenaient pas de fonds publics et que son patrimoine avait une origine licite.
Au Liban, Riad Salamé et son frère ont été visés par plusieurs procédures liées à l’enrichissement illicite, au blanchiment et au détournement présumé. Raja Salamé a été détenu en 2022 avant d’être libéré sous caution. Les magistrats ont également examiné les mouvements de comptes associés à Marianne Hoayek, ancienne assistante et directrice du bureau exécutif du gouverneur à la Banque du Liban.
Marianne Hoayek est soupçonnée d’avoir participé à certains transferts ou d’avoir bénéficié de flux issus du dispositif examiné. Elle a contesté les faits qui lui sont reprochés. Son rôle fait partie des points suivis par les enquêteurs européens et libanais, aux côtés de celui de plusieurs sociétés, intermédiaires financiers et proches de Riad Salamé.
Les procédures ne permettent pas encore de présenter les montants examinés comme définitivement détournés. Il s’agit d’allégations faisant l’objet d’enquêtes et, selon les juridictions, de mises en examen, d’inculpations ou de décisions préparatoires. La culpabilité des personnes concernées ne peut être établie que par des jugements définitifs.
Une nouvelle inculpation au Liban en 2026
En janvier 2026, une chambre d’accusation de Beyrouth a inculpé Riad Salamé et deux avocats dans un dossier distinct. Les chefs rapportés comprennent le détournement de fonds publics, la falsification et l’enrichissement illicite. L’affaire concerne environ 44,8 millions de dollars qui auraient été prélevés sur un compte de conseil de la Banque du Liban.
Cette décision a prolongé une procédure ouverte après l’arrestation de l’ancien gouverneur en septembre 2024. Il avait alors été interrogé sur des opérations liées à la société Optimum Invest et sur des commissions financières. Les soupçons évoqués dans cette autre enquête dépassaient 110 millions de dollars. Les dossiers Forry, Optimum Invest et le compte de conseil ne doivent pas être confondus. Ils renvoient à des circuits et à des périodes distincts.
Riad Salamé a passé près de treize mois en détention après son arrestation de 2024. Il a été libéré en septembre 2025 après le versement d’une caution d’environ 14 millions de dollars et de cinq milliards de livres libanaises. Une interdiction de voyager lui avait aussi été imposée. Son transfert actuel à Roumieh, tel que rapporté par MTV, intervient donc après une première longue période de détention et une remise en liberté sous caution.
La transmission annoncée du dossier au parquet général d’appel de Beyrouth doit préciser le cadre de cette nouvelle phase. Les informations communiquées ne disent pas encore quelle procédure exacte motive le transfert ni quelles décisions le parquet pourrait prendre. Elles confirment cependant que les affaires visant l’ancien gouverneur restent actives malgré sa libération de 2025.
Mandats d’arrêt et enquêtes en Europe
La France a ouvert une enquête sur le patrimoine et les opérations financières de Riad Salamé et de ses proches. En mai 2023, une magistrate française a émis un mandat d’arrêt après son absence à une convocation judiciaire à Paris. Une notice rouge d’Interpol a ensuite été diffusée. L’Allemagne a également émis un mandat dans le cadre de soupçons de blanchiment, de corruption, de faux et de détournement.
Des magistrats français, allemands et luxembourgeois se sont rendus à Beyrouth en 2023 pour consulter des données bancaires et entendre plusieurs personnes. La Suisse, la Belgique, le Luxembourg, le Liechtenstein et d’autres juridictions européennes ont aussi examiné des flux attribués à Riad Salamé, à son frère ou à des structures associées.
En mars 2022, Eurojust avait annoncé le gel de biens d’une valeur totale de 120 millions d’euros dans plusieurs pays européens. Les actifs comprenaient des propriétés et des comptes bancaires en France, en Allemagne, au Luxembourg, à Monaco et en Belgique. L’agence européenne n’avait pas nommé les suspects dans son communiqué initial, mais les enquêtes ont ensuite été publiquement reliées à Riad Salamé et à son entourage.
La justice française s’est intéressée à des biens immobiliers, à des sociétés patrimoniales et à des transferts susceptibles d’avoir servi à recycler des fonds. Elle a également examiné des documents bancaires soupçonnés d’avoir été falsifiés pour justifier l’origine de certains avoirs. Riad Salamé a rejeté ces accusations et affirmé qu’une partie importante de sa fortune provenait de sa carrière dans la banque d’affaires avant sa nomination à la Banque du Liban.
Son frère Raja a été mis en examen en France en 2024 pour des faits comprenant le détournement de fonds publics, l’abus de confiance aggravé, la corruption et le blanchiment. Là encore, cette mise en examen ne constitue pas une condamnation. Elle signifie que les magistrats considèrent disposer d’indices suffisants pour poursuivre l’instruction.
Les proches de l’ancien gouverneur également visés
Les enquêtes ne concernent pas seulement les deux frères Salamé. Elles portent sur plusieurs personnes soupçonnées d’avoir participé aux transferts, détenu des sociétés ou acquis des biens avec les fonds examinés. Marianne Hoayek reste l’une des figures les plus citées en raison de son poste à la Banque du Liban et de sa proximité professionnelle avec le gouverneur.
Nady Salamé, fils de Riad Salamé, a aussi été associé à certaines sociétés ou opérations immobilières examinées à l’étranger. Anna Kosakova, ancienne compagne de l’ancien gouverneur, a été mentionnée dans des procédures portant sur des actifs et des sociétés. Les autorités américaines, britanniques et canadiennes les ont inclus, avec Raja Salamé et Marianne Hoayek, dans des mesures de sanctions adoptées en août 2023.
Le Trésor américain a alors accusé Riad Salamé d’avoir utilisé sa fonction pour s’enrichir, avec l’aide de proches et d’associés. Les sanctions ont gelé les éventuels avoirs relevant de la juridiction américaine et interdit certaines transactions. Le Royaume-Uni et le Canada ont adopté des mesures coordonnées. Ces sanctions sont administratives. Elles ne remplacent pas les procédures pénales et ne constituent pas, à elles seules, une condamnation judiciaire.
Les personnes citées ont contesté, selon les cas, les accusations ou leur implication. Un article rigoureux doit maintenir cette réserve. Les liens familiaux ou professionnels ne suffisent pas à établir une participation à une infraction. Les magistrats doivent démontrer le rôle de chacun dans les flux, les sociétés et les acquisitions examinés.
Le dossier Optimum Invest, distinct de Forry
L’arrestation de septembre 2024 a remis en avant un autre dossier, lié à Optimum Invest. Cette société de courtage libanaise a effectué des transactions avec la Banque du Liban. Les enquêteurs se sont intéressés à des opérations et commissions représentant plus de 110 millions de dollars, selon des sources judiciaires citées à l’époque.
Ce dossier ne repose pas sur le même mécanisme que Forry. Il porte sur des transactions de courtage et sur la destination de revenus générés par ces opérations. Les magistrats cherchent à savoir si une partie des sommes a été détournée au profit de personnes privées ou transférée sans contrôle suffisant.
La société a nié avoir commis des actes illégaux et affirmé avoir respecté les règles applicables. Riad Salamé a également rejeté les accusations. L’instruction doit encore établir la nature des opérations, la responsabilité des décideurs et l’éventuel préjudice subi par la Banque du Liban.
Cette pluralité de dossiers explique la complexité du parcours judiciaire. Une décision dans une affaire ne clôt pas les autres. Une libération sous caution ne signifie pas un abandon des poursuites. De même, une transmission de dossier entre parquets peut répondre à une question de compétence sans préjuger d’une future condamnation.
Un ancien gouverneur qui rejette les accusations
Riad Salamé a toujours nié avoir détourné des fonds publics. Il affirme que sa fortune était déjà importante avant son entrée à la Banque du Liban. Il a travaillé pendant environ vingt ans chez Merrill Lynch et soutient avoir réalisé des investissements qui expliquent son patrimoine.
Il conteste aussi la présentation des commissions de Forry comme de l’argent public. Selon sa défense, ces commissions auraient été payées par les banques participantes et non prélevées sur les ressources de la banque centrale. Les enquêteurs européens et libanais examinent précisément cette distinction, ainsi que le rôle contractuel réel de la société.
L’ancien gouverneur estime par ailleurs être devenu un bouc émissaire de l’effondrement financier. Il rappelle que les politiques budgétaires relevaient des gouvernements et que les banques commerciales ont accepté les opérations proposées par la Banque du Liban. Ses détracteurs lui reprochent au contraire d’avoir prolongé un système insoutenable, masqué les pertes et distribué des rendements qui ont retardé la reconnaissance de la crise.
Ces débats économiques ne se confondent pas avec les accusations pénales. Ils forment néanmoins l’arrière-plan de chaque audience. Pour une grande partie des déposants, le nom de Riad Salamé symbolise à la fois la disparition de l’épargne, l’opacité de la banque centrale et l’absence persistante de reddition de comptes.
Roumieh, nouveau théâtre d’un dossier ancien
À Roumieh, les autorités veulent éviter que la question médicale ne détourne l’attention de la procédure ou ne provoque une crise parallèle. L’autorisation accordée aux deux médecins, la préparation d’une chambre et la présence d’un appareil d’oxygénothérapie répondent à cet objectif. Elles permettent de maintenir la détention tout en assurant un suivi adapté.
Le refus des médicaments devra toutefois être consigné avec précision. Les médecins devront déterminer s’il expose Riad Salamé à un danger immédiat. Ils devront aussi signaler toute évolution de sa pression artérielle ou de son état général. Une hospitalisation pourrait être décidée si les équipements disponibles en prison ne suffisent plus.
La situation sanitaire ne tranche aucune des affaires en cours. Elle peut cependant affecter le calendrier des interrogatoires, des audiences et des confrontations. La défense pourrait demander des aménagements si les médecins estiment que l’état de l’ancien gouverneur ne permet pas certains actes de procédure. Le parquet devra alors concilier les exigences de santé, les droits de la défense et la poursuite des investigations.
La transmission au parquet général d’appel de Beyrouth devient ainsi la prochaine étape concrète. Elle intervient alors que les procédures européennes suivent leur propre calendrier, que les actifs gelés restent au cœur de batailles judiciaires et que plusieurs proches de l’ancien gouverneur demeurent visés par des enquêtes ou des sanctions.
Pour les déposants, l’enjeu dépasse désormais les conditions de détention de Riad Salamé. Ils attendent de savoir si les magistrats pourront reconstituer les circuits financiers, identifier les bénéficiaires et récupérer une partie des avoirs saisis à l’étranger. À Roumieh, les médecins surveillent sa tension. À Beyrouth et dans plusieurs capitales européennes, les juges continuent de suivre l’argent.


